La fête à Top Chrono, aux Boucles du parc floral d’Orléans


IMG_20190317_095442Dimanche, 7 heures du matin. La matinée semblait bien mal engagée : une pluie dense et froide s’était mise à tomber, et les nuages, noirs, ventrus, ne laissaient espérer aucune embellie. Contre toute attente, vers neuf heures, le ciel s’est éclairci. Un soleil printanier s’est installé, l’air est devenu frais, léger, et la terre s’est mise à exhaler de fines volutes de vapeur. Aussi, en guise d’échauffement, j’ai pris beaucoup de plaisir à enfourcher mon vélo pour rejoindre le Parc Floral à Orléans, la Source.

Le plus souvent, les épreuves de course à pied sont portées par des associations d’athlétisme, de parents d’élèves ou encore par des municipalités. Une fois n’est pas coutume, c’est Top Chrono Event & Timing, experte en chronométrage d’épreuves de course à pied, qui s’est collée à l’organisation de la 4ème édition des Boucles du Parc Floral ; rendez vous qui se veut tout à la fois : sportif, familial, festif et « bon enfant ». Visiblement, toute auréolée de son statut d’entreprise locale, et d’entreprise de renommée nationale, Top Chrono a voulu soigner son image et n’a pas lésiné sur les moyens : fouille des sacs à l’entrée, parking à vélos, stands de jeux et garderie pour les petits, boutique Top Chrono, village healthy, test en live de chaussures Run Confort et Run Support au stand Décathlon, consigne gratuite, food trucks, animations musicales… Je veux citer aussi la participation des speaker et photographe passionnés et très appréciés que sont : Olivier Genou (GéoAnimation) et Pascal Giry (Infosport Loiret). Coté goodies on a été vraiment gâtés : une médaille et un T-shirt technique, tout ceci bien évidemment personnalisé aux couleurs de « Top Chrono » et des « Boucles du Parc ».

Les boucles du parc floral à Orléans la Source par Top Chrono

Les boucles du parc floral à Orléans la Source par Top Chrono

Quant aux courses, celles ci se sont déroulées dans un cadre tellement insolite et inhabituel. Je vous l’assure ! c’est vraiment motivant, excitant même, d’engager des relances nombreuses, au beau milieu d’arbres centenaires, de fleurs et de plantes étonnantes ; d’effectuer de belles boucles autour de la rivière, du bouillon (la source de la rivière Loiret), du moulin, de la serre aux papillons ou du château ; et d’observer indifférents et broutant : les ânes, les alpagas, les moutons, les paons et les flamants roses (laissez moi croire que les paons et les flamants broutent…)

Juste par amusement, et sans intention aucune de critiquer l’équipe de Top Chrono, je n’ai pas pu m’empêcher de relever des petits trucs qui ont foiré, des petits grains de sable qui sont venus gripper la belle machine.

Tout d’abord, il y a eu un petit cafouillage pour ce qui concerne l’attribution de nos numéros de dossard. Pour ce qui me concerne (plusieurs de mes amis m’ont rapporté les mêmes faits) un Sms m’a dans un premier temps indiqué que le numéro qui m’était attribué était le 007. 007 : James Bond, tout ça… vous imaginez ma satisfaction et ma fierté 😉 . Patatras, quelques jours plus tard on m’a fait savoir, toujours par Sms, qu’il y avait eu une erreur, et que finalement mon dossard serait le 006. Je ne vous dis même pas ma déception …  Qu’est ce qui pouvait bien empêcher l’organisation de conserver le numéro initial ? La raison de cette modification m’échappe : erreur de saisie, de recopie, de tri ou d’incrémentation sur Excel ? Décès de l’un des participants ?  

Je me suis ensuite enquis de récupérer ce fameux dossard (le 006). On nous a tout d’abord proposé de nous rendre directement dans les locaux de Top Chrono, et puis, finalement ce n’était plus possible. « Malgré l’information diffusée largement sur nos réseaux, les sites et par newsletter nous préférons le rappeler encore une fois 😀 il n’y aura pas de retrait dossard pour Les Boucles du Parc Floral le 06/03 !  » C’était pourtant clair Non ? 🙂

Les boucles du parc floral, la Source par TCET -GeoAnimation et Infosport Loiret

Les boucles du parc floral, la Source par TCET -GéoAnimation et Infosport Loiret

Puis, avant le départ du 10 kilomètres, je me suis rendu à la consigne pour y déposer mon sac à dos. L’équipe composée de 3 ou 4 personnes était visiblement débordée, dépassée : plus d’étiquettes numérotées, plus d’agrafes non plus. Alors, système D : comme beaucoup d’autres coureurs, j’ai griffonné mon numéro de dossard sur un morceau de papier que j’ai coincé tant bien que mal, avec la fermeture éclair de mon sac.   

Enfin, le top du top de la ch’tite boulette de chez « Top chrono », ça a été au moment de la publication sur leur site internet des classements du cinq et du dix kilomètres. Il semble que les temps des participants aux cinq kilomètres ont été malencontreusement affectés aux arrivants du dix kilomètres. Ce qui fait que, si je me souviens bien, et à titre d’exemple, le vainqueur du dix kilomètres s’est vu attribuer le temps du vainqueur du cinq kilomètres ; ce qui donnait un chrono canon, supersonique de 17 minutes, soit une moyenne tout à fait extraordinaire de plus de 30 kms à l’heure ! Alors, sur les réseaux sociaux, on s’est payé une belle tranche de rigolade, à comparer ces temps à ceux d’une mobylette débridée ou encore à la vitesse de Bip Bip, vous savez l’oiseau bleu poursuivi par le coyote, dans le dessin animé de la Warner Bros. L’erreur a été vite corrigée,  et je suppose que le responsable ( un stagiaire en bac pro bureautique ? ) a du se manger une belle soufflante …

Finalement, que retenir de cette manifestation ?

Que tous : participants, accompagnateurs, spectateurs, organisateurs, nous avons passé une belle matinée ; tous nous avons vécu des moments de plaisir et de joie simple.

Qu’il en va dans le business, comme dans la vie, et même en course à pied : rien ne se passe jamais vraiment comme on l’avait prévu ; mais en dépit des aléas, malgré les petits cailloux qui viennent parfois se glisser dans nos chaussures, on finit globalement par atteindre l’objectif qu’on s’est fixé, et à franchir la ligne d’arrivée 😉

A propos du parc floral, j’ai aussi écrit ceci : courir au parc floral

Prochaine édition, le samedi 14 mars 2020. Infos et inscriptions chez Top Chrono.

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Courir à Paris : de port en port, ou de la Villette à l’Arsenal

 

17h. Je suis descendu du train avec mon sac de voyage sur l’épaule,… et aussi avec entrain. Comme à chaque fois que je monte à Paris, j’ai ouvert grand mes yeux d’enfant : l’impressionnante charpente du toit de la gare d’Austerlitz, les enfilades de voitures du boulevard de l’Hôpital, les affiches criardes des couloirs du métro, l’air épais et vicié, la crasse de la rue… Tout m’est apparu tellement romantique et poétique ! Décidément … tout est grand, tout est beau à Paris !  🙂

17h45. Quartier Jaurès. La chance : j’ai déniché un hôtel accueillant, pour 75 €uros, petit déjeuner et taxe de séjour compris. Non et non, je ne vous donnerai pas l’adresse ! 😉

Z00m :running à Paris, Canal St Martin de la Villette à l'Arsenal

z00m : Running à Paris, le canal St Martin

 

18h. Quai de la Loire (ça ne s’invente pas…). J’étais tout excité à l’idée de réaliser en nocturne, une sorte d’Urban Trail, depuis la Villette jusqu’au port de l’Arsenal, en longeant le fameux canal Saint Martin (16 kms env., aller et retour). Enfin… « en longeant le canal… « … façon de parler ! puisqu’une grande partie du dit canal est souterraine.

 

Je me suis élancé. Pour tout dire, à plusieurs moments, j’ai eu le sentiment de voir défiler les quartiers de Paris, un peu comme si je m’étais trouvé derrière le hublot d’un bateau mouche ; ou bien, comme si j’étais accroché à la rambarde, tout en haut du fameux bus rouge à impériale. Quel spectacle ! envoûtant, stimulant !

 

running autour du bassin de la villette à Paris

running autour du bassin de la villette à Paris

Les Grands Moulins de Pantin, l’énorme boule argentée de la Géode, la Grande halle de la Villette, les Folies toutes rouges, la rotonde de Stalingrad, la colonne de Juillet, les canaux, les ponts tournants, les pontons, les passerelles, les écluses, les hangars, les maisons éclusières, les quais, les ports, les péniches,…  Bluffé : toutes ces installations techniques, tous ces édifices…Cette profusion de lieux, imposants, étonnants, vivants,  …

 

Ce « mélange des genres », façon : « Venez comme vous êtes » : des blancs, des blacks, des jaunes et des beurs ; des mamans à poussette et des touristes en goguette ; des runners, des skateurs et des bobos à vélo, des grapheurs et des tagueurs inspirés, des teufeurs et des zonards hagards, des migrants désabusés et des clodos désœuvrés, des employés guillerets et des cadres harassés. Et pourquoi pas « des balayeurs pleins de balais » ? 🙂

Et ces reflets de néons et de lampions dans les eaux du port : fascinant !

 

Au bord du bassin de la Villette, j’ai capté des petites scènes qui m’ont amusé : des jeunes assis en tailleur fument, rêvassent, discutent, rigolent. Bobos assumés, ils jouent au molky et boivent force mojitos. Tandis que, de l’autre côté de la passerelle, « les vieux » jouent à la pétanque, la bouteille de pastis posée au pied du platane… 

running, la Villette Paris, quartier des abattoirs

running à la Villette Paris, quartier des abattoirs

Près des anciens abattoirs et de la halle aux bestiaux, dès que j’ai aperçu ce magasin tout jaune, spécialisé en « couteaux à saigner », en crochets, en hachoirs, machettes, poussoirs et trancheurs ; tout de suite, l’histoire du quartier ainsi que les paroles truculentes de la chanson de Boris Vian me sont revenues en mémoire. Alors, tout en courant, je me suis essayé à chantonner quelques couplets du « tango des joyeux bouchers » :

« C’est le tango des bouchers de la Villette ♫
C’est le tango des tueurs des abattoirs
Venez cueillir la fraise et l’amourette
Et boire du sang avant qu’il soit tout noir
Faut que ça saigne
Faut que les gens aient à bouffer
Faut que les gros puissent se goinfrer
Faut que les petits puissent engraisser
Faut que ça saaaigne… ♫♫ » la suite c’est là

A propos de mémoire, au fil de l’eau, je me suis surpris à visionner mentalement des bribes de films, en Cinémascope et en Technicolor :

  • à Stalingrad j’ai aperçu Jean Paul Belmondo s’accrocher au toit des wagons du métro aérien (Peur sur la ville) ;
  • quai de Jemmapes, c’était bien Arletty qui au pied de l’hôtel du Nord déclamait son : « Atmosphère..  » ;
  • j’ai de mes yeux vu Amélie Poulain, avec son minois plein de malice, avancer d’un pas décidé dans les allées du Marché de Popincourt (Le fabuleux destin) ;
  • et à Bastille, à la terrasse bondée et joyeuse de cette brasserie, j’aurais juré que c’était Romy Schneider et Michel Piccoli (Les choses de la Vie)…

En d’autres endroits, par exemple sous le pont du périph., ou dans un recoin sombre et en cul de sac du square Jules Ferry,  j’ai revécu les mêmes sueurs froides que celles que j’ai pu éprouver à la lecture d’un bon vieux roman de Léo Malet, de Simenon ou bien de Boileau et NarceJac.

 
le bassin de la villette, création poésie et running

le bassin de la villette, création poésie et running

Cinémas, théâtres, salles de concerts (dont le célèbre Bataclan), cabarets, lieux d’exposition, lieux d’échanges… Finalement, à l’occasion de cette sortie, pas banale autour du canale, j’ai découvert un espace relativement préservé de la fureur parisienne, un village longitudinal, un quartier, une trachée où tout respire l’Expression, la Création débridée, la folie ordinaire, le vagabondage lyrique et poétique, l’esprit de Liberté !

19h30. Finish. Le Canal Saint Martin, artère nourricière du grand Paris ! Courez y !
 
D’autres suggestions ? Lisez mes billets dans la catégorie  : où courir dans Paris ?

 

Courir à Orléans : sous les ponts

Pour être tout à fait exhaustif au sujet de mes courses à pied en bord de Loire (plus précisément le long du fameux parcours running imaginé par la ville d’Orléans), il faut que je vous parle de ces rencontres, toutes aussi furtives que régulières. Tellement régulières qu’elles pourraient apparaître ordinaires. Je veux évoquer mes rencontres avec les SDF. SDF comme « Sans Domicile Fixe », sans abri, sans papiers, demandeurs d’ « asile », migrants, laissés pour compte, …. .

SDF, RSA, CMU, ASS, ARE, ASE, MST … ; finalement c’est bien pratique ces abréviations ! ça permet de désigner de façon lisse et neutre des sujets lourds, des sujets tabous, des choses qui nous renvoient souvent à des sentiments de peur, de rejet ou de honte.

L'entrée désormais condamnée du gite de Didier à Orléans

L’entrée désormais condamnée du gite de Didier à Orléans

Tout d’abord, voici  cet homme, grand, maigre, un peu vouté, cheveux et barbe en bataille. Je dirais qu’il a la cinquantaine. Il a fait plusieurs fois la Une des journaux locaux, à la rubrique des « Faits Divers ». En effet, pendant plusieurs années, il avait trouvé refuge dans un tout petit espace technique situé sous l’escalier qui conduit au trottoir du pont Joffre. Une sorte de grotte que j’imagine noire de suie, sombre et humide. Jamais je ne l’ai vu mendier, ni au feu rouge ni à la station essence d’à côté. Jamais je ne l’ai vu boire d’alcool. Il parait qu’il a de l’argent, et qu’il refuse toute forme d’aide. Il semble passer son temps à écouter la radio ; il divague, on dit qu’il est un peu fou.

Didier SDF sous l'arche du pont Joffre à Orléans

Didier SDF sous l’arche du pont Joffre à Orléans

Au fil du temps, les gens ont fini par être choqués de le voir (sur)vivre dans ce réduit, dans ce « trou à rats ». Les services techniques et municipaux s’en sont émus. Ils se sont saisis du « dossier » et ils ont décidé de « déloger » Didier, en apposant à l’entrée de son gite une porte en métal, fermée à double tour, pour lui en interdire définitivement l’accès. Qu’à cela ne tienne, Didier a déménagé, à dix mètres de là. Il a depuis élu domicile sous l’arche du pont Joffre ; celle posée au beau milieu du croisement, entre les quais de Loire et la voie d’accès au pont. Didier se trouve désormais partiellement protégé des regards par une haie de bambous, et de la pluie par quelques auvents en plastique.

Quel contraste ! c’en serait presque tordant : depuis sa « fenêtre », Didier dispose d’une vue unique sur l’hôtel Mercure ***, juste là : ses chambres cosy avec vue sur Loire, son Restaurant, son Piano Bar Lounge, sa terrasse avec piscine, sa salle de fitness, son parking, privé… et couvert…

les cabanes des SDF entre Loire et GR3

les cabanes des SDF entre Loire et GR3 à Orléans

En aval, à l’entrée de Saint Jean de la Ruelle, un beau chemin, très fréquenté par les randonneurs et par les runners surplombe la Loire. Il s’agit du célèbre GR3, premier sentier de randonnée balisé de France. Celui-ci permet de longer le « fleuve royal » sur plus de 1200 kms, depuis sa source jusqu’à son embouchure. A cet endroit, si on passe une tête en contrebas du muret, on peut entrevoir au milieu des arbustes, accrochées au coteau, deux cabanes qui se font face. Elles ont été construites avec des planches et des piquets de récupération et elles ont été recouvertes de bâches de chantier. On peut aussi identifier différents objets du quotidien tels : une chaise, un parasol, une poubelle, une table, une cuvette, un fil à linge et ses épingles de couleur….. Une poignée d’hommes vit là, au long cours, été comme hiver. Est-ce que ce sont ces mêmes hommes… des pays de l’Est ? qui font la quête, ou qui lavent les pare-brise, à côté : au carrefour nord du Pont de L’Europe  ?

Orléans rive gauche.

Le chemin court à l’Ouest vers la pointe de Courpin, à l’Est vers l’Ile Charlemagne. J’ai souvent remarqué ce couple de jeunes au look baba-cool : T shirt, blue jeans et cheveux longs. Ils s’étaient installés, avec leur chien et leur camionnette, sous le tablier du pont de l’Europe : un vaste espace plane, protégé de la pluie et du soleil ; doté d’un point de vue original sur les lignes aériennes du pont, de ses fondations jusqu’au sommet de son hauban. Au terme de quelques mois d’occupation, les autorités se sont résolues à les chasser, au prétexte que ces jeunes courraient un danger, dans le cas où surviendrait une (hypothétique) crue de la Loire… Puis, pour couper court à toute récidive, l’agglomération d’Orléans s’est empressée de recouvrir ce terre plein de monticules de terre, rendant techniquement impossible l’installation du moindre bivouac, de la moindre Quechua….

Etonné et dégoûté, j’ai aussi observé, dans l’interstice situé juste entre le tablier et le pilier du pont Joffre, un grand carton posé à même le sol, juste à côté d’un sac de couchage  et de quelques cabas empilés. Comment peut on vivre, dormir dans un endroit aussi exigu, glauque, inconfortable ; dans l’ombre, dans la solitude et l’anonymat ; de surcroit avec le bruit incessant et angoissant du roulement des voitures juste au dessus de sa tête ?

Au niveau du pont Thinat, le chemin de terre et de sable est par endroits recouvert de rondins de bois et de carton calcinés, de canettes de bière forte et de boites de conserve. Il suffit de lever la tête à environ 6 mètres de hauteur, pour découvrir, à la jonction du pilier et du tablier, un amas de couvertures, de vêtements chiffonnés, et des sacs à provision. L’autre jour, à cet endroit, j’ai même surpris un gars, torse nu disposant sa chemise trempée sur des branchages. J’imagine qu’il avait fait sa lessive dans les eaux de la Loire…

Froid, faim, misère, précarité, crasse, errance, solitude, détresse, urgence, abandon, déchéance…

Un SDF sous la place d'Arc à Orléans

Un SDF sous la place d’Arc, près du parking à vélo à Orléans

Un peu partout ailleurs en ville…  des sortes d’abcès, de furoncles :

  • le campement installé sous les arcades du Conseil Régional, celui de la dalle Saint Paul : évacués, expulsés, pour « trouble à l’ordre public » ;
  • cet homme, un africain ? échevelé et à la barbe longue, qui vit et qui dort depuis des mois sous la place d’Arc, vaguement protégé par la rangée d’arceaux du parking à vélo ;
  • les deux tentes Quechua posées sur un bout d’herbe au milieu du trafic du boulevard Jean Jaurès ;
  • les occupations « sauvages » à l’arrière du Relais Orléanais ou au pied du pont de l’autoroute…

Mais au fait ? Pourquoi est-ce que j’ai ressenti la nécessité d’écrire un billet à ce sujet ?

Parce que, au fond de moi, j’ai toujours eu cette peur diffuse de voir ma vie basculer, du jour au lendemain, et de me retrouver à la rue, seul et sans rien. J’éprouve sûrement le besoin de parler de cette peur, de toucher cette réalité, pour mieux l’écarter et pour la repousser, loin.

Parce qu’on les croise partout et tous les jours. On fait mine de ne pas les voir on fait semblant de ne pas savoir… On court, on est dans la course, on ne s’arrête pas ! On ne se parle pas d’avantage ; de toutes les façons, on ne parle pas la même langue…

Parce que, en portant mon attention, en exprimant mon intérêt pour ceux là, je tente de leur adresser mes marques d’Humanité et de solidarité.

Parce que je veux probablement aussi, atténuer ma honte et ma culpabilité.

Parce qu’il m’apparait aussi nécessaire pour rester humble, d’avoir la pleine conscience de mon statut de Privilégié. Puisque Tous mes besoins primaires sont assouvis, j’ai cette chance d’être en capacité de m’offrir du luxe pur, des plaisirs futiles et superflus, j’en veux pour exemples :

  • courir sans but précis, une paire de pompes à 150 €uros aux pieds ;
  • entretenir ma forme, ma santé, mon bien être, mon équilibre ;
  • surveiller ma distance, ma vitesse moyenne, mon rythme cardiaque, et ma consommation de calories…
PS 1er avril : hier je suis passé sous le pont de l’Europe et j’ai pu constater l’installation de plusieurs  tentes. Attendons la suite….
Plus ou moins dans la même veine, j’ai aussi écrit cela : Le jeu du Bonjour