Sauf à être sourd ou à se saouler de MP3, les écouteurs vissés dans les oreilles, courir consiste aussi à endosser l’habit d’un preneur de son. Je vous l’assure ! le fait de prêter attention aux ambiances sonores vous nourrira et renforcera votre plaisir de courir ! Tenez, écoutez !
Arrêtons nous en tout premier lieu sur les divers sons produits par la pratique de la course à pied. C’est évidemment celui de mes chaussures qui à chaque enjambée battent, frappent, tapent et martèlent le sol, provocant une onde sonore qui irradie tout mon corps. C’est celui généré par ma propre respiration : ces centaines de litres d’air qui passent en sifflant et en soufflant par les tuyaux de canalisation de mon nez et par ma bouche d’aération. C’est ce “zip zip” caractéristique émis par le frottement de mes vêtements à chacun de mes déhanchements. C’est le cliquetis de mes clés ou de quelques pièces de monnaie qui rebondissent au fond de ma poche. Tous ces bruits tellement banals qui, ainsi combinés entre eux, constituent une sorte de “tempo”, aussi rassurant et familier que le ronronnement d’un moteur diesel. Tous ces petits “bruits de rien” qui sont tellement présents, évidents et intégrés que je n’y prête plus vraiment attention ; ils me rappellent néanmoins de façon continue et inconsciente que je respire, que je bouge et que je suis vivant ! bien vivant !
Soyez tout ouïe et captez avec moi les petites musiques harmoniques et symphoniques de Dame Nature ! Ces amas de feuilles mortes que je foule comme autant de pages froissées d’un journal ; le tintement de ces gros graviers qui roulent comme des billes de verre dans les poches d’un enfant ; les “glouglous” de l’eau qui dévale les fossés, les rigoles et les rivières ; les “ploc ploc” plus ou moins délicats des gouttes d’eau qui s’écrasent sur le sol ; les murmures, les sifflements ou les plaintes du vent ; le son cristallin ou sec de la glace qui craque sous mes pas ; les coups de fouets des branches et des brindilles que j’écarte ou que je bouscule ; le “grouitch grouitch” de mes semelles en caoutchouc sur l’herbe gorgée d’eau de pluie ou de rosée ; le bruit métallique de la rocaille et de la pierraille qui roule sous mes pieds dans cet à-pic ; celui de mes enjambées en terrain sablonneux, évoquant le bruit de la biscotte qu’on écrase ; les craquements et les grincements inquiétants de cette grosse branche d’arbre au dessus de ma tête ; et encore, le bruit étouffé de mes pas par une neige légère et poudreuse….
Prenons maintenant la direction de la ménagerie. Les canards y tiennent une place de choix ! : ceux des bords de loire, du loiret ou du canal d’Orléans, ceux des étangs de l’île Charlemagne ou de la Source. Il m’apparait évident qu’à mon passage ces canards ne caquettent pas, non ! : leur cri ressemble trop à un rire narquois : ils me narguent, ils se marrent et me raillent ! Ecoutez aussi le raffut que font ces poignées d’oiseaux au lever du jour ou à l’approche du printemps. Et ces corneilles et corbeaux criards qui sortent en bandes et qui parlent fort. Ne manquez pas non plus le “tap tap” caractéristique du pic épeiche sur l’écorce de cet arbre. Saisissez aussi les bruissements légers et furtifs provoqués par les petits animaux qui se trissent à votre passage : lapins, hérissons, lézards,… là ! au pied de ce buisson ou en contrebas de ce chemin. Et encore, ce pigeon effrayé qui s’enfuit en faisant battre et claquer ses ailes comme un drap qui claque sous le vent. Ne pas oublier les aboiements joyeux, tristes ou menaçants de tous ces chiens ; ni les bourdonnements agaçants des insectes de toutes formes et de toutes tailles.
Tendez encore l’oreille ! il y a aussi tous ces bruits qui sont la marque de la présence et de l’activité des hommes : les vrombissements des souffleuses, des karchers et des tondeuses aux abords des quartiers résidentiels ; les cliquetis de bouteilles et de boîtes de conserve qui tombent dans les bennes à ordures, les moteurs des camions réfrigérés qui tournent pendant que le livreur décharge sa cargaison ; les cloches des églises qui marquent les heures….
Considérez enfin les sons résiduels, sourds, diffus, lointains et continus que constituent le grondement de la ville, auquel se surajoute et se confond le bourdonnement de ces centaines véhicules qui défilent sur les routes, les rocades, les trémies et les ponts.
Alooors ? Vous entendez ? Tout ce boucan, tout ce vacarme finit par ressembler à un joli tintamarre, à une sorte concert de musique improvisée et expérimentale !
Ainsi mixés, arrangés et orchestrés, voici enfin réalisée la bande son de mon modeste reportage sonore et sportif !
Alors, “Coupez !” (et sortez vos magnétos….
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